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DISCOURS DE M. LE DG DU BIANCO: CELEBRATION DE LA JOURNEE INTERNATIONALE DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION (JILCC) LE 08 DECEMBRE 2018 A ANTSIRABE

LE 08 DECEMBRE 2018 A ANTSIRABE

DISCOURS DE M. LE DG DU BIANCO: CELEBRATION DE LA JOURNEE INTERNATIONALE DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION (JILCC) LE 08 DECEMBRE 2018 A ANTSIRABE

Category : News et Evènements

Madame le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, représentant son Excellence Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,

Monsieur le Conseiller en Gouvernance du PNUD, représentant son Excellence Madame la Représentante Résidente du Système des Nations Unies à Madagascar,

Mesdames et Messieurs les membres du Comité de Pilotage de la Stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption,

Honorables invités en vos rangs et fonctions respectifs, tous protocoles observés,

Mesdames et Messieurs,
En ce jour, la célébration du 9 décembre 2018, marque aussi la 10è anniversaire de la journée internationale de lutte contre la corruption, organisée pour la 1ere fois en 2008, à l’initiative de l’ONU pour commémorer le lancement de la convention mondiale contre la corruption, à laquelle Madagascar a adhéré en 2004.

Pour nous, cette journée a été toujours une occasion pour s’appesantir sur la situation et les réalités que doivent affronter le pays pour lutter contre ce terrible fléau, qui ne cesse de gangrener notre société.

Mesdames et Messieurs,
Depuis la mise en œuvre de la Stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption (SNLCC), la Lutte Contre la Corruption (LCC) s’est manifestée par plusieurs actions tant dans le volet de l’éducation que dans le volet de la prévention et de l’application de la loi, seulement, on constate que les mauvaises habitudes ont la peau dure.

Sans être exhaustif, beaucoup ont été faits :

  • le Grand Public a été mobilisé afin de dénoncer les pratiques de Corruption et à combattre ce fléau ;
  • une grande partie de l’Administration Publique et des Collectivités Territoriales Décentralisées ont commencé à mettre en place et à opérationnaliser leurs Dispositifs Anti-Corruption respectifs au sein de leurs Services, avant même l’adoption du texte y afférent;
  • la Société Civile a été très active, chacune à leur niveau, surtout dans le domaine éducatif en tant que Partenaires Relais dans la Lutte Contre la Corruption ;
  • les jeunes n’ont pas été en reste à travers leur participation active dans les Réseaux d’Honnêteté et d’Intégrité implantées dans toute l’île en combattant la Corruption à travers des activités menées au sein de leurs Etablissements respectifs ;
  • les efforts engendrés depuis plusieurs années au sein de différents concours administratifs ont commencé à porter leurs fruits ;
  • le Pôle Anti-Corruption d’Antananarivo est opérationnelle et la lutte contre l’impunité est en bonne voie ;
  • pour cette année 2018, les Partenaires Techniques et Financiers n’ont cessé d’apporter leurs soutiens sous différentes formes pour la réussite de cette cause noble qu’est la Lutte Contre la Corruption à Madagascar.
  • aujourd’hui même, vous êtes encore nombreux à être présents à Antsirabe et à signifier vos engagements, à notre côté, dans la Lutte Contre la Corruption.

Mais au delà de ces acquis, beaucoup restent encore à faire.
Nous sommes maintenant dans la deuxième phase de la mise en œuvre de la Stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption qui se terminera en 2019. Elle se focalisera sur la mise en place effective de toutes les structures définies par les différentes Lois relatives à la Lutte Contre la Corruption.
La Loi sur le recouvrement des avoirs illicites est encore au niveau du Parlement et les différents textes réglementaires d’application de la Loi sur la Lutte Contre la Corruption, dont le Décret sur la Politique Sectorielle et celui sur la Déclaration de Patrimoine attendent encore leur adoption.

Mesdames et Messieurs,
Cette 10è anniversaire de la célébration de la JLCC, coïncide également avec l’engagement de l’Union Africaine, en désignant l’année 2018 comme une année pour «remporter la lutte contre la corruption, pour une voie durable vers la transformation de l’Afrique », consciente que ce fléau entrave le développement du continent africain. Le continent est en effet la région du monde au plus bas du classement de l’Indice de perception de la corruption (IPC), avec une moyenne de 32 sur 100, et 06 des dix pays au bas de l’indice sont africains. Approximativement 43 pourcent des africains vivent dans la pauvreté, tandis que des avoirs volés estimés à 50 milliards $US s’échappent du continent chaque année. Le manque de développement largement répandu, est intensifié par des vastes systèmes de corruption qui dissuadent les investisseurs et découragent la poursuite du développement. Les fonds détournés constituent 25 pour cent des pertes de ressources liées au développement en Afrique. Néanmoins au regard de ce constat, autant dire que cet engagement fort des dirigeants africains, n’a malheureusement pas abouti à des décisions concrètes, que dans quelques Etats, à l’instar du Rwanda.

Mesdames et Messieurs,
On célèbre aussi le 09 décembre cette année, au cours la période de la propagande du 2è tour de l’élection présidentielle à Madagascar. Une élection, qui constitue un tournant important dans la vie de la nation malgache, car elle désignera par la voix du peuple, celui qui sera au pouvoir et qui dirigera le pays pour les cinq années à venir. Aussi, permettez nous de profiter de cette journée commémorative pour attirer leur attention sur les enjeux de la mise en œuvre de la Stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption, adoptée le 21/09/2015 et que nous avons la charge de mettre en œuvre dans notre pays jusqu’en 2025.

Chers candidats à l’élection présidentielle,
Adrien Verchaera disait que « La corruption engendre au sein d’un pays des fissures qui ne pourront être rebouchées que lorsque l’honnêteté arrive véritablement au pouvoir ». Nous osons alors espérer qu’une fois au pouvoir vous serez le bâtisseur d’une nation intègre et probe au sein duquel règne la bonne gouvernance, pilier d’un développement harmonieux et durable.
Vous n’êtes pas sans savoir que malgré que Madagascar ait toutes les potentialités économiques pour devenir l’un des Etats les plus florissants en Afrique, il est actuellement parmi les pays les plus pauvres de notre planète. Vous conviendrez aussi que la corruption contribue à la pauvreté et constitue un facteur dominant fragilisant davantage des États fragiles comme le nôtre, qu’elle nuit au développement économique et social du pays, affaiblit ses systèmes d’éducation et de santé en leur soustrayant des fonds combien nécessaires à la réalisation des projets dans ces secteurs, et qu’elle alimente des élections frauduleuses lesquelles sont susceptibles d’engendrer une instabilité politique,affectant la démocratie et exacerbant les inégalités et les sentiments d’injustice.

C’est dans ce sens que, pour la réussite de la lutte contre la corruption à Madagascar, condition sine qua non d’une croissance économique durable, nous aimerions que vous vous engagiez sur 10 points :

  1. à combattre efficacement l’impunité en supprimant toutes immunités et privilèges de juridictions depuis l’enquête préliminaire jusqu’à la phase de jugement pour tous les auteurs de faits de corruption et assimilés, et en donnant une compétence exclusive aux Pôles Anti-Corruption de poursuivre et de juger tous les faits de corruption et assimilés, ainsi que toutes les affaires liées au trafic de nos ressources naturelles ;
  2. à prendre des dispositions réglementaires pour combattre efficacement l’enrichissement illicite, en définissant notamment les cadeaux illicites, et en donnant plus de compétence au BIANCO pour la vérification des Déclarations de Patrimoine des Chefs des Institutions, des membres du gouvernent et du Président de la République ;
    3-à rendre beaucoup plus efficace le gel et la confiscation des biens mal acquis, par la mise en place d’une agence de recouvrement des avoirs illicites ;
  3. à respecter l’indépendance institutionnelle et financière de tous les organes de contrôles par un statut particulier, afin d’améliorer la transparence et la traçabilité des deniers publics, leviers importants de la bonne gouvernance ;
  4. à faciliter la possibilité de dépôt de plaintes contre des fonctionnaires corrompus et à réduire les possibilités d’intimidations contre les personnes osant dénoncer par un système efficace de protection des témoins et des donneurs d’alerte ;
  5. à rendre obligatoire les concours pour  les recrutements dans la fonction publique, pour supprimer les pistons et autres favoritismes qui octroyaient des passe-droits, sources de grandes injustices entre nos concitoyens ;
  6. à rendre obligatoire dans les curricula pédagogique depuis l’enseignement primaire jusqu’à l’université, l’enseignement civique et l’éducation à la lutte contre la corruption ;
  7. à accélérer la dématérialisation des systèmes et procédures administratifs et garantir l’effectivité de l’e-gouvernance ;
  8. à mettre en place et opérationnaliser un système garantissant la transparence dans la passation des marchés publics et dans l’exploitation de nos ressources naturelles ;
  9. et enfin à prendre toutes dispositions légales et règlementaires pour plafonner les contributions aux fonds de campagne électorale afin d’éviter la captation de l’Etat.

Mesdames et Messieurs,
On ne se lasse pas le dire qu’on ne peut espérer gagner la lutte contre la corruption sans la volonté de tous de vouloir la gagner, en premier lieu de nos dirigeants politiques. Malgré les limites objectives qui pèsent encore sur nos moyens, avec la bonne volonté manifeste de tous, on peut s’honorer d’avoir pris à bras le corps la lutte contre la corruption, ce crime dangereux pour le développement et même pour la stabilité de notre pays.
La dimension politique ne devrait plus être une raison de se soustraire à cette obligation, et qu’on ne devrait plus accepter qu’une personne soit intouchable pour la simple raison qu’il est une personnalité politique, ou se prétend l’être, en créant un parti politique familial qui ne regroupe que les membres de son clan, voire même en créant un parti politique fictif. La politique devrait servir le peuple et ne pas l’asservir en le dépouillant de sa liberté et de ses biens.

La dimension politique ne devrait plus être une raison de se soustraire à cette obligation, et qu’on ne devrait plus accepter qu’une personne soit intouchable pour la simple raison qu’il est une personnalité politique, ou se prétend l’être, en créant un parti politique familial qui ne regroupe que les membres de son clan, voire même en créant un parti politique fictif. La politique devrait servir le peuple et ne pas l’asservir en le dépouillant de sa liberté et de ses biens.

Honorables invités, Mesdames et Messieurs,
Comme disait Alexis de Tocqueville : « Ce qui met en danger la Société, ce n’est pas la grande Corruption de quelques-uns, c’est le relâchement de tous ». Effectivement, pour que la Lutte Contre la Corruption puisse vraiment réussir, une prise de conscience effective de la part de chaque citoyen est indispensable et une forte volonté politique de la part de nos dirigeants est plus que nécessaire.
Alors, engageons-nous dès maintenant, mobilisons-nous dès à présent, conjuguons nos efforts afin de lutter contre la Corruption et bâtir ensemble un avenir meilleur pour nos enfants !
Car comme le dit le thème choisi pour la célébration du 09 décembre pour cette année 2018 à Madagascar : « Seule la mobilisation de toutes les entités dans la Lutte Contre la Corruption garantit un développement humain durable de Madagascar ».

Mesdames et Messieurs,
Je ne saurais pas terminer mon allocution sans mentionner le rôle des acteurs non étatiques comme la société civile et les médias dans la lutte contre la corruption. En effet, par votre travail de sensibilisation, de vulgarisation et d’alertes citoyennes, vous étiez déterminant pour rompre la chaine de la corruption.  La LCC est un combat de tous les jours et qui concerne tout le monde, d’où la nécessité d’une coopération renforcée entre les secteurs publics et privés, les institutions financières ainsi que la société civile.
Excellence, Honorables invités, Mesdames et messieurs,

Permettez-moi de saluer ici votre présence, si nombreuse et tellement lourde de signification en ce jour, témoignant et confirmant une fois encore, votre soutien et votre engagement à la lutte contre la corruption à Madagascar. Soyez en tous remercié pour avoir rehaussé par votre présence cette modeste cérémonie.
Je tiens à remercier tous ceux qui ont participé de près ou de loin à la réussite de cette célébration, ceux qui ont participé aux divers ateliers que ceux qui ont participé au carnaval.
J’aimerai également profiter de cette occasion pour témoigner notre gratitude à l’endroit de tous les partenaires techniques et financiers, qui ont montré leur appui indéfectible depuis l’élaboration de la Stratégie Nationale Anti Corruption jusqu’à ce jour. Nous tenons particulièrement à souligner les appuis du Système des Nations Unies par le biais du PNUD, qui une fois encore a contribué pour la réalisation de toutes les manifestations organisées dans le cadre de cette célébration.
Enfin, et non le moindre, nous tenons particulièrement à vous remercier Madame la Ministre pour votre présence personnelle, en tant que membre du comité de pilotage de la mise en œuvre de la SNLCC, et aussi pour représenter son excellence Monsieur le PM, présence qui confirme une fois encore votre engagement et votre attachement, ainsi que ceux du gouvernement, à la mise en place de la bonne gouvernance et d’un Etat de droit à Madagascar.
Excellence, Honorables invités, Mesdames et Messieurs, bonne célébration de la Journée Internationale de Lutte Contre la Corruption à tous et à toutes !

Je vous remercie de votre aimable attention !


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